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Pacte de rupture : des intentions affichées, des engagements à éprouver

2026-01-12|L'équipe citoyenne

Présenté comme un « pacte de rupture », ce document aligne douze mesures censées marquer un tournant écologique et social pour la ville. À la lecture, une question centrale s’impose : rupture avec quoi, et par quels moyens ?

Car si certaines propositions répondent à des urgences bien réelles, beaucoup restent formulées au niveau de l’intention, sans préciser ni les objectifs opérationnels, ni les moyens mobilisés, ni les arbitrages assumés. Or, en politique publique, l’essentiel n’est pas ce qu’on affirme, mais ce qu’on rend possible.

Des mesures consensuelles… mais peu engageantes

« Zéro artificialisation nette » : un engagement réel… mais avec quels moyens ?

L’engagement de « zéro artificialisation nette » (ZAN) reprend un objectif déjà inscrit dans la loi et auquel les collectivités seront de toute façon contraintes. Le pacte cite deux aménagements précis — Malbosc et la Cité Bergère — comme symboles à préserver.

Dans le cas de Montpellier, des projets comme Malbosc ou la Cité Bergère montrent les limites de ce type d’engagement lorsqu’il n’est pas accompagné d’outils juridiques précis. Par exemple, évoquer la volonté de « sauver la Cité Bergère » sans mentionner de classement patrimonial, de droit de préemption, de modification du PLU ou d’annulation de permis de construire relève davantage de l’intention que de l’acte politique.

Un engagement crédible sur le ZAN supposerait au contraire :

  • l’identification claire des projets abandonnés ou réorientés,
  • des décisions immédiates de protection foncière,
  • et une stratégie assumée de renaturation dès le mandat municipal, sans attendre 2050.

Or, sans levier juridique clair, une telle promesse ne protège rien face aux logiques foncières et aux projets déjà engagés. Assumer réellement le ZAN localement suppose non seulement de nommer des sites à préserver, mais surtout de dire comment on les protège et contre quels intérêts.

En l’état, l’engagement relève davantage du signal politique que d’une stratégie d’urbanisme contraignante.

Parlements de quartiers : démocratie ou consultation ?

La création de « parlements de quartiers élus par les habitant·es » est séduisante, mais rien n’indique :

  • s’ils disposeront d’un pouvoir décisionnel,
  • d’un budget,
  • ou d’un droit de veto sur certains projets.

Sans clarification, le risque est grand de reproduire des dispositifs de concertation sans réel pouvoir, où la participation sert davantage à légitimer des décisions déjà prises qu’à les construire.

Arrêt du projet d’incinérateur CSR : une promesse sans stratégie

L’arrêt du projet d’incinérateur à plastiques (CSR) est populaire. Mais il dépend en grande partie de décisions métropolitaines et contractuelles. Sans exposer :

  • les conséquences financières,
  • les alternatives crédibles de traitement des déchets,
  • ni la trajectoire de réduction à la source,

la promesse reste politique mais non opérationnelle.

Maisons de santé : une ambition qui suppose un choix fort

Concernant les maisons de santé dans les quartiers, on peut raisonnablement supposer que l’intention est la création de maisons de santé publiques municipales. C’est une orientation politiquement forte — et pertinente — mais elle implique de répondre à plusieurs questions majeures :

  • Quel statut pour les soignant·es (salarié·es municipaux, centre de santé) ?
  • Quel modèle économique pérenne ?
  • Quelle articulation avec l’ARS et les politiques nationales de santé ?
  • Comment répondre à la pénurie de médecins autrement que par l’affichage ?

Sans ces éléments, la promesse relève davantage d’un objectif souhaitable que d’un engagement maîtrisé. Or, en matière de santé, annoncer sans garantir peut nourrir de faux espoirs.

Police municipale : des moyens pour quoi faire ?

L’augmentation annoncée de +100 agent·es de police municipale et de médiation pose une question simple mais essentielle : dans quel but ?

Augmenter des effectifs n’est pas une politique en soi. C’est un moyen, qui n’a de sens que s’il sert un objectif clairement formulé :

  • prévention ?
  • présence de proximité non coercitive ?
  • réponse à quels types de troubles ?
  • articulation avec la médiation, le social, la prévention spécialisée ?

Sans clarification, l’annonce relève d’une logique quantitative qui peut tout aussi bien alimenter une politique sécuritaire classique qu’une réelle police de proximité. L’ambiguïté est ici totale — et donc problématique.

Des mesures sociales et écologiques souvent symboliques

Épiceries municipales, ordonnance verte, cantines gratuites, réseau cyclable : autant de propositions qui vont dans le « bon sens », mais dont l’impact réel dépendra :

  • de leur ampleur,
  • de leur financement,
  • de leur inscription dans une stratégie globale.

Sans chiffrage, sans calendrier, sans arbitrage assumé, elles risquent de rester des vitrines politiques plutôt que des leviers de transformation.

Une rupture surtout sémantique

Ce pacte donne le sentiment d’un programme qui cherche à rassembler sans diviser, à séduire sans trancher. Or, toute politique de rupture suppose :

  • des priorités claires,
  • des renoncements assumés,
  • des conflits ouverts avec l’existant.

Ici, la rupture est surtout dans les mots. Les moyens, les contraintes et les choix structurants restent largement hors champ.

La question n’est donc pas de savoir si ces mesures sont souhaitables — beaucoup le sont — mais si elles sont réellement engageantes.